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Ppa-CI/ Lancement de l’Initiative pour la libération des prisonniers d'opinion (Ilpo) : Gbagbo parle

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01.12.2025
Le chapeau

À peine un mois après la présidentielle du 25 octobre 2025, Laurent Gbagbo relance la bataille politique en dévoilant l’“Initiative pour la libération des prisonniers d’opinion”. À travers ce nouvel outil, le Ppa-CI entend intensifier la pression pour obtenir la libération de ses militants incarcérés et soutenir leurs familles.

C’est le nouvel instrument de lutte et de pression du Parti des peuples africains Côte d'Ivoire (Ppa-CI) pour obtenir la libération de ses membres et sympathisants emprisonnés. Dénommé ‘’Initiative pour la libération des prisonniers d'opinion’’ (Ilpo), il a été officiellement lancé par le président du Ppa-CI lui-même, Laurent Gbagbo, le samedi 29 novembre 2025, à son cabinet de Cocody-Attoban. L’activité a eu lieu un peu plus d’un mois après l’élection présidentielle du samedi 25 octobre 2025, qui a vu la victoire du chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Laurent Gbagbo maintient sa position sur cette réélection. « Le problème à cause duquel on a arrêté tous nos amis, c'est parce que nous avons lutté contre le 4e mandat. Ils sont donc en prison. Il faut continuer de lutter contre le 4ᵉ mandat. Mais en même temps, il faut assister les familles. Il faut aussi les assister, eux les prisonniers. Il nous faut continuer à lutter contre le 4e mandat. On écrit des textes et on ne les respecte pas. Si la Constitution écrit qu'un individu doit faire deux mandats, pourquoi on est arrivé à 4 ? Est-ce qu'on peut accepter ça ? Non ! », a rejeté l’ancien président de la République. 
Pour réussir la nouvelle mission avec l’Ilpo, Laurent Gbagbo et son parti comptent sur ‘’Les messagères de Laurent Gbagbo’’, qui les avaient déjà aidés dans la collecte des parrainages pour sa candidature à la présidentielle passée. « Votre mouvement a été créé pour m'accompagner dans ma campagne électorale mais, hélas, mille fois hélas !  Le parti continue d'avoir des problèmes. On va vous utiliser. On a fait une nouvelle proposition pour réorienter notre lutte. Si j'avais été élu, c'est que, dès que dès que... », a ajouté Laurent Gbagbo, dans un sourire dont lui seul a le secret. 

Si l’homme politique a sollicité le soutien de ses ‘’Messagères’’, il ne veut pas les engager dans son combat. « Je ne vous demande pas d'être partisanes pour vous compromettre. Je vous demande de dire la vérité », a-t-il précisé. 
Il a aussi souhaité que ceux qui sont libres aillent saluer les familles des emprisonnés et les soutenir. Non sans s’offusquer, encore une fois, de ce que des militants, sympathisants et cadres de son parti aient été arrêtés pour avoir marché, exprimé leurs opinions. « L'incongruité de la vie politique en Afrique, c’est qu’un ancien ministre qui marche contre la vie chère et on l'arrête », a-t-il dénoncé en faisant allusion à son ancien Secrétaire d’Etat chargé des victimes de guerre, actuel Secrétaire général adjoint du Ppa-CI, Charles Rodel Dosso, qui avait co-organisé une marche contre la vie chère en septembre 2024

114 anciens prisonniers
Avant que le chef du Ppa-CI ne prenne la parole, le président exécutif, Sébastien Dano Djédjé, a exposé l’état des prisonniers. Pour lui, les anciens prisonniers de 2011 sont au nombre de 114 personnes. « La répression, la persécution et le harcèlement judiciaire continuent. Le spectacle est désolant, l’atmosphère est lourde de tristesse, de chagrin et de peur », a-t-il regretté. Selon le collaborateur de Laurent Gbagbo, « quand on a affaire à un régime antidémocratique, toute activité est assimilée à un appel à insurrection ».
Aussi s’est-il réjoui de la création de l’Ilpo, qu’il a présentée comme « une chaîne de mobilisation et de solidarité pour aider à la libération de tous les prisonniers d’opinion et pour soutenir tous ceux qui sont dans la peine ». « Face à cette tristesse, la valeur humaine doit être le seul recours », a fait valoir Dano Djédjé. 
Au lancement d’Ilpo, c’est la Présidente du comité d’organisation (Pco), fraîchement nommée Secrétaire nationale par intérim de la Ligue des femmes du Ppa-CI, Sylvie Dominique Bessé, qui a souhaité le traditionnel Akwaba (bienvenue, Ndlr) aux invités. « Nous sommes ici car nous croyons à un principe : celui de la liberté d'opinion. L’expression de la pensée n’est pas un crime », a indiqué Dominique Bessé. « Nous devons nous battre pour retirer nos camarades des griffes de la prison. Nous sommes tous en prison, en sursis ou sur la liste d'attente », a déclaré, pour sa part, le Coordinateur général du nouvel instrument, par ailleurs Directeur de cabinet de Laurent Gbagbo, Emmanuel Ackah. 
De son côté, la présidente nationale de ‘’Les messagères de Laurent Gbagbo’’ et Coordinatrice adjointe de l’Ilpo, Odette Likikouet Sauyet, a estimé que son parti veut utiliser le nouveau moyen de lutte pour aller à des négociations pacifiques, visiter les prisonniers, assister les victimes… « Nous devons nous mobiliser pour une résolution pacifique de tout problème qui se pose à notre pays. Nous sommes désireuses de la démocratie et l'Etat de droit en Côte d'Ivoire », a-t-elle noté.
Lors de cette cérémonie, le Sga du Ppa-CI chargé des détenus politiques, Patrice Kouté, a relevé que « Gbagbo n'a jamais cessé de porter la cause des détenus politiques ». A le suivre, il y a encore 114 détenus de la crise de 2011, et après l’appel du Front commun du 11 octobre 2025, plus de 1 000 arrestations ont été faites. « Ces chiffres parlent et appellent à une solution urgente. Nous souhaitons la libération des prisonniers politiques. Aucune réconciliation n'est réelle si nos prisons restent pleines », a déclaré le responsable des détenus politiques du Ppa-CI. 
Dans son décompte, il a noté 29 morts, 55 blessés et 39 femmes incarcérées. Il a évoqué plus de 900 interpellés qui sont incarcérés au Pôle pénitentiaire d’Abidjan (Ppa, ex-Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan- Maca). « Ils sont dans une situation déshumanisée. Je me dois de vous dire qu’il y a une sorte d’épidémie qui ne dit pas son nom à cette prison », a révélé M. Kouté. Qui a indiqué qu’il y a aussi 27 prisonniers de son camp à Bouaké et 46 dans la région du Gôh. 
Ces chiffres ont été corroborés par le vice-président exécutif du Ppa-CI chargé de la sécurité sociale, Toussaint Toutou. « Parmi les 1 883 arrestations selon le ministère de l'Intérieur, 50% sont nos militants », a dévoilé M. Toutou. µ
De son côté, le responsable du pool juridique d'Ilpo et porte-parole des Conseils du Ppa-CI et des prisonniers politiques, Me Sylvain Tapi, a assuré que le collectif d’avocats continue de se battre pour identifier tous les détenus d'opinion.

Témoignage émouvant
Épouse de Rodel Dosso, Bintou a porté la voix des épouses et conjoints des détenus à la cérémonie de lancement de l’Ilpo. « Je porte la voix de celles qui pleurent en silence et dont les voix se sont heurtées au mur de la prison. Leur seul tort est l'amour dans leur pays. Nous portons une grande douleur mais notre espoir est encore plus grand », a-t-elle dit d’entrée. Et de poursuivre : « Nos proches ne sont pas des criminels. Ils ne sont ni des voleurs ni des fauteurs de troubles ni des ennemis de la nation. Ils sont des citoyens, des cadres, des militants, des pères, des mères, des serviteurs de la République qui ont simplement choisi d’exprimer une conviction politique, leur vérité, la vérité ». 
Selon elle, pour leur quête de vérité et de justice, depuis des années pour certains et des mois pour d’autres, « la vie de nos proches est suspendue ». « Les enfants grandissent en demandant chaque jour : « Maman, quand est-ce que papa revient ? ». Les vieillards attendent, assis au seuil de leurs maisons, que leurs fils franchissent de nouveau la porte. Les épouses se battent, seules, pour maintenir la famille debout », a-t-elle soupiré.
A la suivre, la source de leur espérance est le président du Ppa-CI, Laurent Gbagbo : « Votre présence, débout, au milieu de nous, dans cette épreuve carcérale, nous donne l'assurance de la libération très prochaine des nôtres », s’est-elle convaincue, avant de quitter le pupitre, en larmes. 

 

Signature
Omar Abdel Kader TANI
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