First News


Dissolution de la Cei : Yasmina Ouégnin dénonce « l’absence de concertations avec l’opposition et la société civile »

Listen to this article in audio
11.05.2026
Le chapeau

Dans une déclaration critique, Yasmina Ouégnin questionne la dissolution de la CEI et met en garde contre une réforme électorale jugée peu inclusive et potentiellement régressive.

Après 25 ans d'existence, le gouvernement ivoirien a annoncé, le mercredi 6 mai 2026, la dissolution de la Commission électorale indépendante (Cei) lors du Conseil des ministres au Plateau. L’ancienne députée de Cocody, Yasmina Ouégnin, dans une déclaration publiée sur sa page Facebook, le dimanche 10 mai 2026, a questionné le timing de cette dissolution. Elle rappelle que le pouvoir exécutif avait, par la voix du porte-parole du gouvernement, « chaleureusement félicité cette Institution après la présidentielle d’octobre et les législatives de décembre 2025 » et avait même « souligné le professionnalisme, ainsi que la régularité des opérations clés de ces différents scrutins ». « Que s’est-il donc passé par la suite ? Qu’est ce qui a changé ? Absolument rien !», a déclaré l’ex-parlementaire. 
La cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda) y voit un paradoxe. « On félicite donc un organe pour les résultats qu’il certifie, puis on le dissout une fois qu’il a rendu le service attendu. Et c’est cela que l’on veut nous présenter comme une ébauche de réforme », a dénoncé l’ex-candidate malheureuse à la mairie de Cocody. Elle a estimé que c’est un « compromis majeur » enterré sans concertation. 
Yasmina Ouégnin a dénoncé une suppression « unilatérale, en l’absence de concertations avec l’opposition et la société civile ». « Le pouvoir semble tourner la page de ce compromis, sans même tenter de corriger les insuffisances chroniques relevées », a-t-elle relevé en citant l’opacité, la partialité ou la représentativité. Ce qui l’inquiète, c’est l’architecture du futur mécanisme. « L’exécutif choisit simplement de se débarrasser de la Cei pour, dit-on, revenir à un système où ce serait lui ou un de ses démembrements qui organiserait les élections, nommerait les responsables, maîtriserait le fichier électoral et certifierait les résultats. Loin d’être une amélioration, ce serait un pis-aller », a dit l’ex-parlementaire. Elle redoute en fait que « l’avènement d’une Institution électorale dont les membres seraient plus que jamais assujettis, agissant uniquement sur instructions et dépendant totalement des ressources de l’exécutif ». Ce qui entraîne, selon elle, « l’établissement du fichier électoral se poursuivra dans l’opacité, et les prochains scrutins feront l’objet de manœuvres intéressées ». 
En clair, « transformer l’arbitre souhaité impartial en un simple greffier du pouvoir », a-t-elle relevé.
Face à ce qu’elle qualifie de « recul démocratique silencieux et pernicieux », Yasmina Ouégnin appelle à une mobilisation générale. Dans sa note d’accusation, elle a demandé au gouvernement « un cycle de dialogues avec toutes les forces politiques et la société civile pour définir ensemble les règles de gestion des futures élections ». 
À l’opposition, elle a suggéré de « se rassembler et dépasser ses querelles internes » pour défendre « une plateforme de conditions minimales ». Toutes ses réclamations seront compilées dans une plateforme pour la création d’un organe assuré d’une indépendance effective, une composition collégiale, mais aussi une révision consensuelle du fichier électoral, un redécoupage équitable et un calendrier transparent. Elle y a invité « la société civile, les syndicats, les leaders religieux et les autorités coutumières à se prononcer de manière claire » et demandé aux « partenaires internationaux (Cedeao, Union Africaine, Onu…) de suivre ce dossier avec la plus grande vigilance car « la Côte d’Ivoire ne veut plus et ne peut plus se permettre une nouvelle crise électorale ».
Pour arriver à bout de ses idées, elle a annoncé qu’elle « s’emploierait donc à dénoncer toute tentative de retour au parti unique, à la pensée unique et à la confiscation du processus électoral…». « Ainsi, je reste disposée à travailler, aux côtés de toutes les forces vives de notre Nation, afin que la prochaine loi électorale soit un texte empreint de progrès, de transparence et de confiance rétablie, et non un outil de domination. Notre pays attend mieux de chacun de nous. (…) Je n’ai aucune ambition personnelle à satisfaire, mais je me suis fait et je vous ai fait une promesse, celle de conserver une vigilance citoyenne qui s’appuie sur une conviction assurée : la démocratie ne se marchande pas ! », a promis l’ancienne députée.

Signature
Omar Abdel Kader TANI
Loading...