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Interview/ Avant la Can féminine 2026 / Elloh Amon Rebecca Grace (Attaquante) : « Je veux remporter une Can avec la Côte d’Ivoire »

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18.05.2026
Le chapeau

Internationale ivoirienne évoluant au Valencia CF Femenino, Elloh Amon Rebecca Grace revient sur son parcours, de ses débuts dans les quartiers d’Abidjan à son ascension en Espagne. Entre passion, sacrifices et ambitions avec les Éléphantes, elle se prononce, dans cette interview, sans détour, sur son parcours et ses objectifs, notamment à l’approche de la Coupe d’Afrique des nations (Can) féminine de football 2026, prévue du 25 juillet au 16 août 2026, au Maroc.

Comment est née votre passion pour le football ?
Elloh Amon Rebecca Grace : Ma passion pour le football est née très tôt, dès l’âge de 7 ans. Je jouais souvent avec les garçons dans mon quartier, et c’est là que tout a commencé. J’aimais déjà la compétition, le ballon et (j’avais) surtout le plaisir de jouer. Il faut aussi souligner que mon père était un grand amateur de football. Même s’il nous a quittés assez tôt, je pense aujourd’hui qu’il serait fier du parcours que j’ai réalisé. Cette passion est restée en moi et n’a fait que grandir avec le temps.

Dans quel contexte avez-vous commencé à jouer : famille, quartier, école ?
J’ai commencé à jouer à l’école primaire. Très vite, mes qualités physiques et techniques ont fait que l’on m’intégrait aux équipes de garçons, notamment lors des compétitions scolaires comme l’Oissu. En parallèle, je pratiquais aussi le handball où j’étais également très sollicitée. Il arrivait même que l’on vienne me chercher pour jouer comme renfort dans certaines équipes. Cette polyvalence m’a permis de développer des qualités athlétiques importantes.

Y a-t-il une personne ou un modèle qui vous a particulièrement inspirée à vos débuts ?
Pour être honnête, mon modèle était Didier Drogba. Au-delà de ses performances, c’est son mental, son leadership et son amour pour son pays qui m’ont marquée. Il a montré qu’un Ivoirien pouvait atteindre le plus haut niveau mondial, et cela m’a énormément motivée.

À quel moment avez-vous compris que le football pouvait devenir une carrière pour vous ?
Je pense que lorsque Dieu a déjà tracé un chemin pour toi, tu avances sans forcément te poser trop de questions sur le moment précis. Très tôt, je me suis fixé des objectifs clairs : atteindre un certain niveau et réussir dans ce sport. Même si je ne savais pas exactement quand cela allait arriver, je travaillais dans ce sens. Aujourd’hui, je suis fière de ce que j’ai accompli mais je reste consciente que le plus important est encore devant moi.

Comment votre famille a-t-elle réagi lorsque vous avez décidé de vous lancer sérieusement dans ce domaine ?
Ma famille ne s’est jamais opposée à mon choix. Au contraire, elle m’a toujours soutenue et encouragée à faire ce que j’aime. Ma mère m’a simplement demandé de ne pas négliger mes études. Elle m’a dit : « Tu peux jouer mais termine d’abord l’école ». Aujourd’hui, ils sont tous très fiers de moi et de mon parcours.

À ce jour, quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?
Plusieurs étapes ont marqué mon parcours : mes débuts en Côte d’Ivoire, mon départ pour l’Europe, mes premières expériences en Espagne, puis mon intégration dans des clubs professionnels. Chaque étape m’a permis de progresser, de m’adapter et de franchir un nouveau cap, aussi bien sur le plan technique que mental.

Y a-t-il eu des expériences ou clubs qui ont le plus marqué votre progression ?
Oui, j’ai vécu beaucoup d’expériences marquantes, notamment avec le club de Dux Logroño. Même si l’équipe est descendue en deuxième division, cette période a été très importante pour moi. J’y ai terminé meilleure joueuse avec 16 buts ; ce qui m’a permis de gagner en confiance et de me faire remarquer. Ce fut une étape déterminante dans ma carrière.

Comment s’est faite votre arrivée au Valencia CF Femenino, et que représente ce club pour vous ?
Mon arrivée à Valence s’est faite grâce à un entraîneur qui me connaissait déjà depuis mon passage au Deportivo Alavés. Après mes expériences dans différents clubs, notamment à Levante Badalona, il m’a contactée pour rejoindre son projet. Les discussions avec mon agent ont abouti positivement. Lorsqu’il a signé à Valence, il a souhaité me faire venir avec lui. Aujourd’hui, je me sens très bien dans ce club qui me permet de continuer à progresser.

Qu’est-ce que le championnat espagnol vous a apporté sur le plan technique et mental ?
Le championnat espagnol m’a énormément apporté. Sur le plan technique, il m’a permis d’améliorer mon jeu, ma vision et ma rapidité d’exécution. Mentalement, il m’a appris à être plus forte, à gérer la pression, la concurrence et les moments difficiles. C’est un championnat très exigeant qui pousse à se dépasser constamment.

Le football féminin reste parfois difficile. Quels ont été les principaux obstacles dans votre parcours ?
Le football féminin comporte beaucoup de défis. Pour moi, le plus grand obstacle a été une blessure qui m’a éloignée des terrains pendant huit mois. Il y a aussi des périodes où l’on manque de temps de jeu. Dans ces moments, il faut rester forte mentalement, continuer à travailler et garder confiance en soi pour revenir à son meilleur niveau.

Quels sacrifices avez-vous dû faire pour les surmonter et atteindre ce niveau ?
Les sacrifices sont nombreux : beaucoup de travail, de patience et une discipline constante. Il faut parfois s’éloigner de sa famille, renoncer à certains plaisirs et rester concentrée sur ses objectifs. La foi en Dieu m’a également beaucoup aidée à rester forte dans les moments difficiles.

Avez-vous déjà douté de votre choix ou envisagé d’arrêter ?
Non, jamais. Le football est ma passion. Malgré les difficultés, je n’ai jamais envisagé d’arrêter. J’ai toujours eu la conviction que Dieu était avec moi dans ce parcours, et cela m’a donné la force de continuer.

Que représente pour vous le fait de porter le maillot des Éléphantes de Côte d'Ivoire ?
C’est un immense honneur. Depuis mon enfance, je rêvais de représenter mon pays. Aujourd’hui, porter ce maillot me rend fière et me motive à donner le meilleur de moi-même pour défendre les couleurs de la Côte d’Ivoire.

Vous avez récemment disputé deux matches amicaux dans le cadre de la préparation de la Can. Quel bilan personnel en tirez-vous ?
Ces matchs ont été très importants. L’équipe est en reconstruction avec de nouvelles joueuses. Ils nous ont permis de mieux nous connaître, d’identifier nos forces et nos faiblesses. Personnellement, je les considère comme de très bons tests pour préparer la compétition.

Comment jugez-vous actuellement la progression de l’équipe nationale féminine ?
Je pense que nous sommes sur la bonne voie. En quelques mois, il y a eu beaucoup d’amélioration, aussi bien dans le jeu que dans la cohésion du groupe. Cela s’est démontré lors des deux matchs amicaux en préparation pour la Coupe d’Afrique des nations (Can) féminine. Où nous avons fait un 2 sur 2 en battant 2-1 le Bénin et 1-0 le Kenya. Ainsi, je peux dire que le travail commence à porter ses fruits. Mais pour atteindre nos objectifs, il va falloir corriger beaucoup de choses. Le match contre le Bénin nous a montré certains manques mais face au Kenya, nous avons mieux appliqué les consignes du coach. Nous devons surtout jouer davantage collectivement et améliorer la dernière passe.

La 2026 Women's Africa Cup of nations approche. Quel est l’état d’esprit du groupe ?
L’état d’esprit est très positif. Participer à une Can est un rêve pour toute joueuse. Nous sommes déterminées, concentrées et prêtes à appliquer les consignes du staff pour atteindre nos objectifs. 

Quelles sont, selon vous, les forces de la sélection ivoirienne pour cette Can ?
Nos principales forces sont notre solidarité, notre détermination et notre envie de représenter dignement notre pays. Nous avons aussi un mélange intéressant de jeunes talents et de joueuses expérimentées ; ce qui renforce notre équilibre.

Quel objectif réaliste la Côte d’Ivoire peut-elle viser au Maroc ?
Comme toute équipe, notre ambition est de remporter la compétition. Mais nous devons avancer étape par étape, en nous concentrant sur chaque match de poule. C’est en construisant victoire après victoire que nous pourrons atteindre notre objectif final.

Sur le plan personnel, quel rôle souhaitez-vous jouer dans cette compétition ?
Mon rôle est d’être disponible à 100 % pour l’équipe, d’apporter mon expérience, de marquer des buts et d’encourager mes coéquipières à se dépasser. Je veux être une joueuse décisive.

Quels sont encore vos objectifs personnels dans votre carrière ?
Mes objectifs sont nombreux. Je veux remporter une Can avec la Côte d’Ivoire et devenir l’une des meilleures joueuses africaines. Je veux continuer à progresser et atteindre le plus haut niveau possible.

Pensez-vous que le football féminin ivoirien est sur la bonne voie pour se développer ?
Oui, le football féminin ivoirien est en progression. Cependant, je pense que les dirigeants peuvent encore faire davantage pour améliorer les conditions des joueuses et développer ce sport.

Quel message adressez-vous aux jeunes filles ivoiriennes qui rêvent de devenir footballeuses ?
Je veux leur dire de croire en leurs rêves, de travailler dur et de rester disciplinées. Le talent seul ne suffit pas. Il faut aussi être persévérante et déterminée. Et surtout, garder la foi et mettre Dieu au centre de tout.

Signature
Réalisée par Wilfried KOUMAN
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