Mercredi 24 juin 2026. Dès l'entrée du village, le décor est saisissant. Là où passaient autrefois les véhicules, s'étend désormais un impressionnant trou creusé par les eaux de ruissellement. Quelques troncs d'arbres, placés pour sécuriser les lieux, témoignent de la progression de l'érosion. Les habitants observent, impuissants, cette ‘’plaie’’ béante qui ne cesse de gagner du terrain. « Avant, ce n'était qu'un petit trou. Aujourd'hui, regardez ce qu'il est devenu. Chaque pluie l'agrandit un peu plus », confie Agoua Daniel, Directeur de cabinet du chef du village, le regard fixé sur le ravin.
L'inquiétude est palpable. Selon les habitants, il ne resterait qu'une trentaine de mètres avant que le gouffre n'atteigne le cimetière et ne coupe totalement l'accès au village. « Si rien n'est fait, bientôt il n'y aura plus de route pour entrer ici. Nous serons complètement isolés », souffle-t-il.
À la chefferie, les autorités traditionnelles réunissent la presse avec un seul objectif : faire entendre leur détresse. « Nous sommes heureux de votre présence parce que nous espérons que vous serez notre relais. Aujourd'hui, nous ne sommes plus sereins. Quand les nuages apparaissent, tout le village s'inquiète. Dès qu'il pleut, nous craignons le pire », explique Simon Pierre, chef de cabinet chargé du secrétariat et du protocole de la chefferie. Pour lui, chaque saison des pluies est devenue une véritable épreuve. « Ce ravin avance sans s'arrêter. Nous le regardons progresser sans pouvoir intervenir. Nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés afin qu'une solution soit trouvée avant qu'il ne soit trop tard », prévient-il.
Les parents redoutent le trajet de leurs enfants vers l'école. Les personnes malades rencontrent d'énormes difficultés pour rejoindre le dispensaire. Les chauffeurs hésitent parfois à emprunter cette route devenue dangereuse. « Quand il pleut, nos enfants ont beaucoup de mal à aller à l'école. Les malades souffrent aussi. Nous demandons simplement qu'on nous vienne en aide », implore Agoua Marie-Claire, présidente des femmes d'Elokato.
Chez les jeunes, la peur est la même. « Il arrive que nous accompagnions les enfants pour traverser en toute sécurité. Certains chauffeurs refusent désormais d'entrer dans le village. Nous sommes obligés de marcher ou de prendre des motos pour rentrer chez nous », raconte Marius Romuald, vice-président de la jeunesse.
Face à l'avancée du ravin, les populations disent vivre dans hantise permanente. « Même la nuit, lorsqu'il pleut, beaucoup d'entre nous restent éveillés. Nous avons peur que la route cède davantage », confie un habitant.
À Elokato, personne ne réclame de privilège. Les habitants demandent simplement que leur village continue d'exister. Leur souhait est de voir des travaux d'assainissement et de protection être engagés afin de stopper l'avancée de l'érosion et préserver l'unique voie d'accès au village.
En attendant, les pluies continuent de tomber. Et à chaque averse, le gouffre semble gagner un peu plus de terrain, rapprochant Elokato d'un isolement que ses habitants refusent de considérer comme une fatalité.