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Déguerpissements, nouveau pacte social et nouveau mécanisme électoral / Laurent Gbagbo : « Ce que le régime fait, c’est trop. Et trop, c’est trop »

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03.07.2026
Le chapeau

Le président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-CI), Laurent Gbagbo, a rencontré la presse, le jeudi 2 juillet 2026, à son cabinet à Cocody-Riviera-Attoban, dans le cadre d’une conférence de presse aux allures de causerie fraternelle. L’ex-président ivoirien a dénoncé la misère que vivent certains Ivoiriens, comparativement à d’autres bien plus nantis. Il se prononçait sur le nouveau ‘’pacte social’’ qu’il propose aux Ivoiriens, dont les 7 piliers constituaient la base de la conférence. 

 

Laurent Gbagbo, face aux déguerpissements en période pluvieuse et aux inondations, a fait remarquer que le mouvement ‘’Trop c’est trop’’, qu’il avait lancé en 2023, et le ‘’pacte social’’, « ne sont pas contradictoires ». Rappelant qu’il est dans le rôle qu’il s’est toujours assigné durant les 60 ans de marche politique aux côtés des Ivoiriens. 
A l’entendre, le pacte social est sa pensée sociale. Il l’a jugé important parce que, dira-t-il, « nous sommes socialistes ». « Nous voyons souvent des scènes qui sont difficiles à supporter. C’est pourquoi la politique ne devrait pas en rajouter », a soutenu M. Gbagbo, soulignant qu’il n’est pas bon que les frustrations sociales et politiques s’ajoutent aux difficultés déjà existantes. Il a cité le mal logement qui se transforme en la destruction des maisons où les gens vivent déjà mal. 
Il a noté les questions d’école, de santé, la situation des femmes et des jeunes filles, de l’emploi des jeunes. « Moi j’ai été député pendant deux mandats avant d’être président de la République. Tous ceux qui veulent être président de la République devraient être députés pour voir, pour être en contact avec les gens. J’ai fait le tour de toute la Côte d’Ivoire. Il n’y a pas un endroit où je n’ai pas été. Ce qui fait qu’on voit des choses qu’on n’imaginait pas. Quand on prend des positions, les gens ne comprennent pas parce qu’ils n’ont pas vu ce qu’on a vu », a affirmé le leader du Ppa-CI. Ajoutant : « Il y a des choses que nous dépassons tranquillement mais qui sont des drames pour d’autres personnes, pour des enfants ». 
Selon l’ex-numéro 1 ivoirien, « il y a trop de problèmes sociaux, les problèmes sociaux sont énormes ». Il a marqué sa désapprobation devant la démolition des habitations par des politiques. « Ceux qui cassent même n’ont pas pitié. Quand tu vois les maisons, tu dois pleurer et te retourner », a-t-il dit, pointant du doigt la situation déjà difficile des populations déguerpies.  
Il a regretté que tous n’ont pas le droit de s’exprimer dans le pays. « On est tous dans notre pays, et c’est vous seuls qui avez le droit de parler, pas les autres. Ce n'est pas normal… L'expression plurielle est une expression normale. Alors, quand on a fait ‘’Trop c’est trop’’, ce n'est pas parce que nous avons fait ça et c’est fini, il faut continuer. Nous, à chaque moment, on avance comme on est inspirés. Donc, nous, trop c'est vraiment trop. Ce que le régime fait, c'est trop. Et trop, c’est trop », a-t-il estimé, affirmant que la condamnation du jeune Ibrahim Zigui (influenceur sur les réseaux sociaux, Ndlr) le visait directement. 

Prêt pour le dialogue
« Je ne supporte pas qu’on arrête ces gens », a-t-il dit parlant des jeunes qui s’expriment sur les réseaux sociaux pour parler de politique et des difficultés que vit la société ivoirienne. « Et puis, cette habitude qu’a le procureur : ‘’on ne doit pas en parler, on ne doit pas parler de ça’’. Pourquoi ? Si c’est parce que j’ai parlé de lui (Zigui) qu’on l’a condamné, c’est moi qu’on a condamné comme ça. C’est ça qui n’est pas sain. Moi je n’ai pas de couteau, je n’ai pas de fusil. Si on veut me condamner, qu’ils me condamnent mais on n’a pas besoin de condamner Zigui », a dénoncé Laurent Gbagbo. « Je suis content d’avoir été là-bas (Cour pénale internationale-Cpi) parce qu’on m’a jugé. Mais si j’étais resté ici, j’aurais été peut-être condamné à 25 ans, à perpétuité (rires). Le spectacle que nous offre la justice ici n’est pas bon. Il faut que nos juges soient des juges et non des envoyés du pouvoir. Parce que nous, hommes politiques, avons des combats », a-t-il réclamé. « On n’est pas tous au même niveau de maturité, nous qui faisons la politique. Le pouvoir suprême, quelquefois ça tombe dans des mains, souvent dans d’autres mains », a-t-il soutenu en ironisant.
Laurent Gbagbo s’est dit prêt pour le dialogue. Surtout sur des sujets comme la mise en place du nouveau mécanisme électoral en Côte d’Ivoire ou les problèmes de société qu’il a décriés. « Je n’ai pas de pouvoir, de ligne rouge. Je dis qu’il vaut mieux discuter que de faire la guerre », a-t-il déclaré, trouvant la position du gouvernement « saugrenue ». « C’est lui qui a le pouvoir, donc qui a la position de force dans le dialogue. Je suis prêt à discuter à tout moment, sans poser de ligne rouge. On a demandé l’ordre du jour de la rencontre. De quoi on va parler ? Il n’y a pas eu de réponse », a-t-il donné la version de son parti sur son absence à la rencontre à la Primature au Plateau du lundi 22 juin avec les partis politiques et organisations de la société civile. Cependant, pour lui, « nous sommes toujours dans la démocratie, dans ce que la loi nous permet ». Il se prononçait sur les voies et moyens de faire entendre la voix du Ppa-CI dans ce nouveau chapitre de tension politique qui se profile.
Dans cette bataille comme dans celle du social, Laurent Gbagbo s’est voulu clair sur les actions à mener pour réclamer plus de justice politique et sociale. « On sera appelés à manifester. On peut, à un moment donné, dire que trop c’est vraiment trop », a-t-il dit.
Il a appelé à aider les jeunes et les femmes à investir pour les rendre autonomes. Mais pour les futures élections, Laurent Gbagbo a annoncé que son parti se prononcera sur le nouveau mécanisme électoral quand il aura fini de mettre en place ses structures, après son récent congrès. « Nous allons faire nos propositions », a-t-il indiqué. Il n’a pas trouvé d’inconvénients que l’opposition ne parle pas d’une même voix. « Ce que Mambé a dit, nous on n’a rien dit parce qu’on a le temps devant nous. Mais on parlera. On fait notre travail comme nous l’avons programmé. Après, nous allons pondre notre proposition. Nous ne sommes pas pressés, nous allons répondre par des propositions », a-t-il coupé court.

Dossier ivoirien
Laurent Gbagbo, jugé à la Cpi durant de longues années avant d’être acquitté en 2021, ne compte pas laisser les Ivoiriens sans réponse sur les responsables de la crise meurtrière de 2010-2011 en Côte d’Ivoire. Il a écrit un courrier à la juridiction internationale pour réclamer que le dossier ivoirien se poursuive. Il a affirmé avoir été jugé au meilleur endroit. « Je n’étais pas content d’être jugé à l’extérieur mais c’était quand même le meilleur endroit, du point de vue du droit. Là-bas, au moins, le droit a été dit, la vérité a été dite. Mais on est deux camps. Si ce n’est pas un camp, si la Cour pénale internationale dit que ce n’est pas un camp, bon, il faut qu’on entre dans l’autre camp, il faut savoir. Il faut qu’on enquête. Vous me suivez », a-t-il répondu aux sollicitations de journalistes concernant cette affaire qui lui a valu de longues années de prison.
« On n’enquête pas. On nous dit qu’on a enquêté, qu’on a commencé… Donc j’ai écrit. J’ai écrit pour vous montrer, pour montrer aux Ivoiriens que je n’ai pas confiance à cette procédure qui a été initiée en 2011. Que c’était une procédure pour enlever Gbagbo, le mettre loin et mettre quelqu’un d’autre à sa place dans le fauteuil présidentiel. C’est pour ça que j’ai écrit », a-t-il soutenu. Insistant : « Maintenant, ils me disent que ça va continuer, j’ai souhaité, mais je ne crois pas. Je crois qu’ils sont tous dans la combine. Et ce n’est pas un hasard si j’ai été bombardé, si ma maison, la maison du président de la République de Côte d’Ivoire, a été bombardée avec des hélicoptères étrangers. Les hélicoptères français et onusiens. C’est eux qui ont bombardé. Bon ça, c’est une vérité, c’est un constat. Donc, moi, j’ai écrit cette lettre pour montrer. Il faut qu’on sache qui. Si ce n’est pas Laurent Gbagbo, c’est qui donc ? C’est ça. C’est qui, alors ? Mais ils ne sont pas pressés. Je crois qu’ils ne sont même pas intéressés à dire ça », a-t-il dénoncé la Cpi. Avant de rappeler les tueries de Duékoué et dans l’Ouest du pays durant la crise sus-indiquée. « J’ai été à Duékoué après mon retour. J’ai été à Duékoué. J’ai été en pays Wê. Ils ont été massacrés, malmenés. Mais qui a fait tout ce qui s’est passé ? On ne dit rien. En tout cas, ce n’est pas nous. Voilà. En tout cas, ce n’est pas moi. Et donc, bon, je laisse, je mets le dossier. De temps en temps, je vais les titiller. On avait déjà trouvé un non-coupable. Mais venez trouver maintenant les coupables. Allez enquêter, on doit trouver le coupable. Je vais le dire. Et je suis fort pour faire ça maintenant puisque je suis non-coupable. Je suis acquitté », a enfoncé Laurent Gbagbo.
 

Signature
Hervé KPODION
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