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Port-Bouët Vridi 3 : Les larmes et le chaos après le déguerpissement du quartier Zimbabwe

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03.06.2026
Le chapeau

Le quotidien paisible des habitants de Vridi 3 a basculé, le mardi 2 juin 2026,  dans le cauchemar. Sous les yeux impuissants de milliers de familles, les bulldozers du District autonome d'Abidjan (Daa) ont entamé la démolition du sous-quartier Zimbabwe, plongeant la communauté dans le désarroi et la tristesse. 

Sur les visages des femmes, des enfants, des jeunes et des vieillards, l'incompréhension se mêlait aux larmes. En l'espace de quelques heures, des décennies de vie ont été réduites en poussière. Au milieu du fracas des engins de démolition qui rasaient les habitations, une course contre la montre s'est engagée. Dans la panique totale, les résidents tentaient désespérément de sauver ce qui pouvait l'être : matelas, marmites, meubles et effets personnels étaient entassés à la hâte sur des tricycles et des véhicules de fortune, vers des destinations incertaines. Pour ces milliers d'âmes, la rue est devenue le seul horizon.  Ce drame vient concrétiser l'angoisse qui s'était emparée des quelque 40 000 résidents quelques jours plus tôt. 
Le mercredi 27 mai 2026, informés de l'imminence d'une mesure d'expulsion forcée le lendemain 28 mai, les leaders communautaires s'étaient réunis en urgence sur la place publique. Lors de ce rassemblement de la dernière chance, ils avaient lancé un cri de détresse au président de la République, Alassane Ouattara, l'invitant à faire respecter ses propres directives concernant la libération des emprises publiques. Un appel resté vain. 
Les représentants locaux, notamment Traoré Saïdou, président du comité ad hoc et du Centre de santé urbain communautaire et Kouadio Boniface, président du Comité de gestion du quartier, dénoncent avec force une opération qu’ils jugent illégale et inhumaine. Selon eux, la mise en demeure brandie par les autorités et datant de 2024 est caduque. Le chef de l'État avait, en effet, exigé que tout déguerpissement exceptionnel soit rigoureusement supervisé par un comité incluant la Primature et le ministère de l'Intérieur, dans un esprit humaniste et après concertation avec les populations. « Aucune discussion, aucune mesure de relogement, ni le moindre dédommagement financier n'ont été engagés avec les familles, dont certaines occupent pourtant légalement ce site de la zone portuaire depuis 1961 », déplorent amèrement les responsables du quartier. Pour justifier l'urgence des démolitions, les autorités évoquent des raisons de salubrité et des risques d'inondation. Des arguments vivement contestés par les sinistrés. Les anciens rappellent que le quartier n'a jamais connu la moindre inondation en plus de soixante ans d'existence. 
Quant à l'insalubrité, la population pointe du doigt la responsabilité de l'État et le manque criant d'infrastructures de collecte des déchets, tout en dénonçant le fait que des activités clandestines et dangereuses de remblayage de la lagune se poursuivent un peu plus loin, sous le regard indifférent des autorités. Au-delà du drame social et de la misère de ces familles jetées à la rue sans abri, c'est tout un pôle économique et social majeur -pourtant viabilisé par l'État de Côte d'Ivoire au fil des décennies- qui est en train d'être rayé de la carte. Vridi 3 abrite, en effet, un groupe scolaire et une école maternelle, plusieurs édifices religieux, des réseaux structurés d'électricité et d'eau courante, une importante communauté de pêcheurs et de transformatrices de poissons, qui assure à elle seule un quart de la production nationale de poisson fumé. Aujourd'hui, alors que la grande saison des pluies débute sur Abidjan, augmentant la vulnérabilité de ces milliers de nouveaux sans-abris, la population exige l'arrêt immédiat des machines, l'ouverture d'un dialogue direct avec le gouvernement et une restructuration inclusive de leur cadre de vie.

Signature
Séverin DJAHA
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