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Agora-Siporex à Yopougon/ Vague de déguerpissement à Abidjan : Les victimes réclament un recasement

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Publié il y'a 4 heures
Le nouveau visage du site Agora-Siporex.
Le nouveau visage du site Agora-Siporex.
11.06.2026
Le chapeau

Agora-Siporex, un espace autrefois animé par le bruit des scies électriques, les coups de marteaux et l’activité incessante des commerçants, est aujourd’hui réduit à un vaste terrain jonché de gravats. Une semaine après l’opération de déguerpissement menée sur le site situé à Yopougon, en face de l’Agora jusqu’à la Siporex, les artisans et vendeurs de bois peinent encore à se remettre du choc.

Le mercredi 10 juin 2026, aux alentours de 11 h, en provenance de la zone de la Brigade anti-émeute (Bae), le décor est saisissant. Là où se dressaient autrefois des ateliers de menuiserie, des hangars et des espaces de commerce, s’étend désormais une route élargie à deux voies. Au milieu des débris, plusieurs groupes d’hommes restent assis, le regard perdu, échangeant sur leur avenir devenu incertain.
La douleur est encore vive. À notre première tentative d’interview, certains occupants refusent de s’exprimer. « Pardonnez-nous, nous avons déjà assez de problèmes. Nous ne voulons pas parler à la presse pour ne pas aggraver notre situation », martèle l’un d’eux, visiblement éprouvé.
Après plusieurs démarches, un artisan accepte de témoigner sous couvert de l’anonymat. La voix chargée de colère et d’amertume, il affirme que l’opération a été menée sans mise en demeure de quitter. « Ils sont venus nous surprendre. Nous n’avons reçu aucune mise en demeure. Aujourd’hui, nos marchandises sont dispersées dans les quartiers. Quand un client vient, nous sommes obligés de le conduire là-bas. Certains de nos bois ont même été brûlés. On parle de recaser certaines vendeuses dans les marchés mais personne ne parle des vendeurs de bois, alors que nous payons aussi des taxes », déplore-elle.
Même sentiment d’injustice chez Traoré Lassina, menuisier installé sur le site, depuis plusieurs années. Parti en voyage à Touba pour les fêtes, il affirme avoir découvert, à son retour, son atelier entièrement détruit. « J’ai investi plus de 7 millions de F Cfa dans cet atelier. Je disposais de mes documents et je payais les taxes exigées pour exercer mon activité. Aujourd’hui, tout est détruit et nous ne savons pas où aller », explique-t-il.

Des familles à nourrir
Pour lui, les autorités auraient dû engager des discussions avec les artisans avant de procéder au déguerpissement. « Nous ne sommes pas contre le développement. Si l’État veut aménager cette zone, il devait nous informer et nous proposer un site de recasement. Nous avons des familles à nourrir, et beaucoup d’apprentis qui travaillaient avec nous se retrouvent aujourd’hui au chômage », lance-t-il.
Traoré Lassina d’appeler les autorités municipales et le ministère du Commerce, de l’industrie et de l’artisanat à se pencher sur leur situation. « Nous demandons simplement un endroit où poursuivre notre activité. Que ce soit ici ou ailleurs, nous sommes prêts à nous organiser et à payer ce qui est nécessaire. L’artisanat permet à beaucoup de jeunes d’apprendre un métier et de subvenir à leurs besoins », plaide-t-il.
De son côté, Sidiki Soumahoro, vice-président des artisans de Yopougon zone 6, affirme que les artisans ne contestent pas le projet d’aménagement mais dénoncent la méthode utilisée. Selon lui, les artisans avaient été installés sur ce site avec l’accord des autorités locales et avaient investi d’importantes sommes dans la construction de leurs hangars. « Chaque hangar a coûté environ 800 F Cfa et nous étions environ 113 hangars. Nous avons construit en suivant les indications qui nous avaient été données. C’est pourquoi nous sommes surpris par la manière dont cette opération s’est déroulée », fait-il savoir.
Et d’indiquer que plusieurs machines de grande valeur ont été endommagées lors de l’opération. « Certaines machines valent plusieurs millions de F Cfa. Beaucoup de propriétaires étaient absents pour les fêtes lorsque les travaux ont commencé. Nous demandons seulement qu’on nous traite avec considération et qu’on nous trouve un autre site pour continuer notre travail », insiste-t-il.
Une semaine après le déguerpissement, les anciens occupants du site se retrouvent, tous les matins, sur les lieux, dans l’espoir d’obtenir des informations sur leur avenir. En attendant une éventuelle solution de recasement, certains continuent d’exercer tant bien que mal en se déplaçant vers d’autres quartiers, pour satisfaire leurs clients.
Artisans, vendeurs de bois et apprentis disent ne pas être opposés au projet de modernisation de la commune mais réclament un dialogue avec les autorités et une solution durable qui leur permette de reprendre leurs activités. « Nous ne sommes pas opposés au développement. Nous déplorons la manière dont les choses se sont passées. C'est pourquoi nous demandons à ce qu'on nous trouve un espace où nous pouvons exercer nos activités, car nous participons au développement de l'économie ivoirienne », lance Sidiki Soumahoro.
Côté commerçants, l'indignation est totale. « Cela fait des années que nous sommes installés ici. Grâce à ce que nous gagnons, nous participons non seulement au développement économique de la Côte d'Ivoire mais nous subvenons aux besoins de nos différentes familles », souligne une dame. Avant de poursuivre : « Nous avons appris que nous serons recasés. Si cela est vrai, Dieu merci mais pour l'instant, nous continuons à vendre un peu un peu sur ce site avant qu'on nous montre le nouveau ».

Signature
Wilfried KOUMAN
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