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Football ivoirien : Malick Tohé veut transformer la passion en industrie

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Publié il y'a 3 heures
15.07.2026
Le chapeau

Premier vice-président de la Fédération ivoirienne de football (Fif), Président du conseil d'administration (Pca) du Club omnisports de Korhogo (CoK) et Président directeur général (Pdg) de la Sonemat, Malick Tohé dit M.T. défend une vision ambitieuse du football ivoirien. Pour lui, le pays dispose de tous les atouts mais doit désormais franchir un cap en matière de gouvernance, de structuration et de modèle économique. 

Dans une interview accordée à Bloomfield Review de juillet 2026, il plaide pour un football capable de créer davantage de richesses au profit des clubs, des territoires et des supporters.
Pour Malick Tohé, la Côte d'Ivoire n'a plus à prouver la qualité de ses joueurs, ni l'engouement populaire autour du football. « La passion, nous l’avons. Les talents, nous en formons en abondance. Les infrastructures, grâce au gouvernement, au président de la République, au ministère des Sports et en gamme à un rythme remarquable », affirme-t-il. Selon lui, le véritable défi est désormais économique. « Nous produisons du talent brut que nous exportons trop tôt, à bas prix, sans que cette valeur revienne suffisamment dans nos territoires, dans notre économie », regrette-t-il.
Le dirigeant estime que la professionnalisation passe avant tout par une meilleure organisation des clubs. « L'argent suit toujours la rigueur, jamais l'inverse », insiste-t-il. Pour lui, un club qui ne dispose ni d'une gestion solide ni d'une stratégie à moyen terme ne peut pas attirer durablement les investisseurs et les partenaires. « Le financement, c’est la conséquence d’une bonne gouvernance, pas le préalable », résume Malick Tohé.
Autre priorité : mieux valoriser la formation. « Il faut arrêter de penser à nos jeunes joueurs uniquement comme une matière première à exporter », soutient-il. 
Le patron du Co Korhogo appelle à une application rigoureuse des mécanismes de solidarité et des indemnités de formation afin que les clubs formateurs profitent réellement de leur travail. « Un talent formé en Côte d’Ivoire doit d’abord générer de la valeur ici, dans son club formateur, dans sa ville, avant de partir », estime-t-il.

Une ambition claire
Malick Tohé veut également renforcer l'ancrage territorial de son équipe. « Le CoK, ce n’est pas qu’une équipe : c’est un employeur, c’est un vecteur d’image pour la ville, c’est un produit d’appel pour le tourisme et le commerce local », explique-t-il. L’ambition de Malick Tohé est claire : « Nous voulons que tous les habitants de Korhogo soient fiers de leur club ».
Le patron du CoK reconnaît toutefois que les difficultés restent nombreuses. « La masse salariale est lourde, c’est vrai, mais elle est en partie maîtrisable. Ce qui pèse réellement sur un club comme le nôtre, ce sont d’abord les déplacements », souligne-t-il. 
Il cite aussi la formation et la faiblesse des revenus commerciaux parmi les principaux défis. « C’est probablement le talon d’Achille, les ressources commerciales propres : billetterie, merchandising, partenariats locaux. Tant que ces ressources resteront faibles, les clubs continueront à dépendre de la volonté de quelques mécènes », avertit-il.
Pour sortir de cette dépendance, Malick Tohé défend un modèle économique durable. « Un club qui repose sur la générosité d’un homme ou d’une famille est un club vulnérable. Nous voulons que si demain Malick Tohé n’est plus là, le club continue. C’est cela une institution », assure-t-il.
Le responsable fédéral voit également un immense potentiel dans le marketing sportif. Il prend l'exemple du maillot collector des Éléphants. « Pendant la Can, ce sont près de 2 millions de maillots, majoritairement contrefaits, qui ont circulé. Cela veut dire deux choses : premièrement, le pouvoir d’achat des Ivoiriens autour du football existe-il est même considérable.  Deuxièmement, ce marché part aujourd’hui en quasi-totalité dans l’informel et la contrefaçon », observe-t-il. Pour contrer cette contrefaçon, il a sa petite idée : « Notre devoir, c’est de capter cette valeur, à travers des produits officiels, une boutique des Éléphants et un vrai marketing communautaire ».
À la Fif, il considère justement que « la stratégie de marque constitue aujourd'hui le plus grand gisement de croissance ».
Les contenus digitaux, les produits dérivés, le sponsoring et les hospitalités doivent, selon lui, s'appuyer sur une identité forte du football ivoirien. 
Sur la question des droits de diffusion, Malick Tohé plaide pour un équilibre entre la Fédération et les clubs. « Ce que les diffuseurs achètent, c’est une exposition globale, et cette exposition se construit par la qualité du championnat dans son ensemble », explique-t-il.
Pour accélérer la transformation du football ivoirien, M.T. propose la création d'une « licence club économique » imposant des critères de gouvernance, de comptabilité, de stratégie et de professionnalisation. « C’est ainsi qu’on bascule d’un football artisanal à un football industriel », affirme-t-il.
Enfin, pour lui, la qualification historique du Co Korhogo pour la Coupe de la Confédération est une grosse opportunité. « Nous voulons en faire un levier économique structurant », lance Malick Tohé, qui veut faire de cette participation continentale un levier pour attirer de nouveaux partenaires, développer la marque du club et accélérer sa professionnalisation. « Notre rôle, c’est de transformer cette qualification en un actif durable, qui continuera de produire de la valeur même après la dernière journée de la compétition. Le CoK n’a pas seulement gagné une coupe. Il a gagné le droit de jouer dans une autre dimension économique », souligne-t-il.

Signature
Guillaume AHOUTOU
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