La lettre ouverte de l’ancien président de la République, Laurent Gbagbo, du lundi 8 décembre 2025, invitant ses avocats à saisir la Cour pénale internationale (Cpi) continue de faire des vagues. A tel point qu’il a été au cœur d’un numéro de ‘’La Tribune Ppa-CI’’ avec pour thème ‘’ Vérité, justice, réparation et réconciliation : l’appel du président Laurent Gbagbo à faire éclater la vérité sur les crises ivoiriennes de 1999 au 4e mandat’’, tenu, le jeudi 11 décembre 2025, à la Riviera-Bonoumin. Beaucoup s’interrogent sur l’opportunité de la missive de l’ex-chef de l’Etat intitulé ‘’Tant qu’un fait n’est pas jugé totalement, il devient une injustice’’, si ce n’est qu’il est encore habité par un désir de revanche après son acquittement par la Cpi, le 31 mars 2021.
Ce que le président du Conseil stratégie et politique (Csp) du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-CI), Dr Koné Katinan Justin, qui a animé La Tribune, a réfuté. « Ne laissons pas les fantômes de notre passé nous effrayer. Affrontons-les et vainquons-les pour avancer ensemble vers notre destin commun. Gbagbo n'est pas dans une logique de vengeance. Il ne vise personne. C'est un appel patriotique », a clarifié Koné Katinan Justin. Il a rétorqué en disant que l'histoire de la Côte d'Ivoire ne peut pas continuer avec des zones d'ombre. D’où l’appel à la responsabilité collective parce qu'il faut sauver la Côte d'Ivoire. « Le président Gbagbo n'a pas porté plainte. M. Gbagbo a rappelé à la Cpi ce qu'elle devrait faire », a-t-il expliqué.
Le président du Csp a dit que l’idée de son leader est de ne pas exclure une partie de la population ivoirienne de tout le processus de réconciliation. Selon l’homme politique, si le président du Ppa-CI a interpelé l’Institution judiciaire internationale, c’est par souci d’équité et de rapprochement. « La politique sépare et la justice unit. La politique est en perpétuelle contradiction. Ce qui n'est pas le cas de la justice. En interpellant la Cpi, le président Gbagbo n'a fait que rappeler à la Côte d'Ivoire ce qu'elle avait prévu », a-t-il révélé, soulignant que c’est ce que la Côte d’Ivoire elle-même avait demandé à la Cpi.
Dans son exposé, M. Koné Katinan a avancé qu’en reposant au grand jour les questions qui n’ont jamais cessé de hanter les esprits d’une bonne partie de ses compatriotes et des Africains, l’ancien dirigeant ivoirien appelle la justice à faire toute la lumière, afin que par son action, elle pratique l’exérèse de la tumeur qui risque de gangrener tout le corps social. « Pour une fois, que nos penchants partisans ne nous empêchent pas de comprendre le sens patriotique de la démarche du président Laurent Gbagbo. C’est toute la Côte d’Ivoire qui y gagne », a-t-il soutenu.
Il s’est longuement étendu sur tous les sujets qui touchent aux différentes crises qui ont secoué la Côte d’Ivoire depuis le 24 décembre 1999. C’est ainsi que quand les journalistes ont demandé la cohérence de la requête du patron du parti panafricain quand récemment il « a fricoté » dans le cadre du Front commun avec l’ancien Premier ministre Guillaume Soro qui a dirigé la rébellion armée qui a attaqué la Côte d’Ivoire en 2002, il a répondu que « M. Soro ne fait pas partie du Front commun même si on a des convergences de vue ».
La question que tout le monde se pose
« Le Front commun ne soutient pas l'impunité. Soro n'est pas visé par l’appel du président Gbagbo car il a assumé qu’il était à la tête de la rébellion. Mais il s’adressait à celui qui a financé la rébellion », a explicité Koné Katinan Justin. Interrogeant sur l’identité de la personne qui n’aurait pas intérêt à ce que la vérité éclate. « C'est la question que tout le monde se pose », a donné pour toute réponse le conférencier.
Bien avant d’expliquer la lettre de son patron à la Côte d’Ivoire, le président du Csp a tenu à clarifier le terme ‘’acquittement’’ qui est diversement interprété sur le cas Gbagbo. « L’acquittement est prononcé par les cours criminelles. Quand c’est fait, le prévenu quitte le statut d’innocent présumé au statut d’innocent définitif. Donc le président Gbagbo est définitivement libre. Ce qui est différent du non-lieu qui est prononcé s'il n’y a pas d’éléments suffisants mais on peut rouvrir le dossier du prévenu s'il y a d'autres éléments nouveaux », a-t-il fait comprendre.
Dans le développement du sujet principal, il a fait savoir que l’initiative pour la libération des prisonniers politiques (Ilpo) et la lettre du lundi 8 décembre 2025 de M. Gbagbo visent le même objectif. « Il s’agit, d’une part, de la question des prisonniers d’opinion qui, elle-même, est sous-jacente à celle de la protection des libertés publiques qui sont, du reste, consubstantielles à la démocratie. Il s’agit d’autre part de la recherche de la vérité sur les crises qui ont secoué régulièrement notre pays depuis le fameux 24 décembre 1999 », a mentionné le cadre du Ppa-CI.
Devant les journalistes, Koné Katinan Justin a axé sa conférence sur un rappel des faits marquants de l’histoire de la Côte d’Ivoire en trois périodes. Pour lui, tout est parti du 24 décembre 1999 qu’il a nommé « le point de rupture ». En cette folle soirée de la veille de Noël, une mutinerie s’est transformée en coup d'État. « Qui est derrière le coup d’Etat à part les militaires ? Il n’y a pas d'enquêtes. On se perd en conjecture. La coïncidence est troublante avec le débat sur l’ivoirité et l’arrestation des cadres du Rassemblement des républicains (Rdr). Qui a fait quoi dans ce coup d'État ? », s’est-il questionné. La 2e étape de son découpage part de 2000 à 2020 que M. Koné a appelé « les deux décennies infernales ». « C’est certainement la période la plus violente et la plus sombre de l’histoire de la Côte d’Ivoire postcoloniale », a-t-il déclaré. Elle est marquée par « le régime militaire et ses complots et abus, la Constitution avec la bataille du ‘’et’’ et du ‘’ou’’, le complot du cheval blanc, les élections ‘’calamiteuses’’ de 2000, le charnier de Yopougon, la guerre de la crise postélectorale (mars à avril 2011), le massacre des populations de l’Ouest, la déportation du président Laurent Gbagbo à la Cpi, le procès et son acquittement… », a-t-il énuméré. « Toute cette kyrielle de faits n'a jamais connu de lumière », a regretté Dr Koné Katinan Justin.
Pour lui, alors que tout le monde s’accorde pour dire que la guerre a donné lieu à des exactions horribles de la part des deux camps protagonistes, « force est de constater qu’à ce jour, seul le camp (civils comme militaires) du président Laurent Gbagbo a répondu devant les tribunaux nationaux et internationaux ».
Selon le décompte du Ppa-CI, 114 personnes militantes ou proches de l’ancien président de la République croupissent encore en prison du fait des actes qu’ils sont réputés avoir commis pendant la crise post-électorale. « Du côté du camp Ouattara (président de la République, Ndlr), seul monsieur Amadé Ouérémi a été jugé et condamné à perpétuité par le Tribunal criminel d’Abidjan pour avoir été déclaré coupable des faits de ‘’crimes contre les populations, pillages, séquestrations, meurtres, etc. commis dans la ville de Duékoué en 2011’’ », a-t-il rappelé. Avant de relever, citant les journaux Le Monde et l’Agence France presse (Afp) : « Pour se défendre, ce dernier avance « moi, en 2011, je n’avais pas de fusil, je n’étais pas seul », affirmant avoir été sous la responsabilité des chefs militaires qui commandaient dans l’Ouest à cette époque ».