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Présidentielle 2025, législatives 2025, alliances de l’opposition…/ Tiémoko Doumbia (Pdt du Rpp) : « Il y a des choses à faire, des mesures à prendre »

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Publié il y'a 1 mois
04.12.2025
Le chapeau

Dans cette interview, le président du Rassemblement pour la paix, le progrès et le partage (Rpp), le professeur Tiémoko Doumbia, réaffirme les ambitions de son parti après la présidentielle d’octobre 2025. Il y aborde également les législatives à venir et lance un message aux leaders de l’opposition. 

Le Rpp, votre parti n’a pas été beaucoup entendu lors de la dernière présidentielle qui a pourtant suscité diverses réactions. Pourquoi ? 
Tiémoko Doumbia : L'élection est un processus qui se tient sur une période : la période électorale. Donc bien avant, nous avons, avec Danièle Boni-Claverie, mis en place le Rapci (Rassemblement pour l'alternance pacifique en Côte d'Ivoire) pour interpeller le gouvernement sur le processus et porter un certain nombre de revendications, notamment sur la liste électorale. Avec le Rapci, dont le Rpp est membre fondateur et dont je suis le vice-président, d'ailleurs nous avons porté ces revendications afin que l'élection se passe dans de bonnes conditions. Ensuite, nous avons mis en place la Cap-CI, qui regroupait un grand nombre de partis politiques puisque le Rapci avait 5 partis politiques et une organisation de la société civile. Alors qu'au Cap-CI (Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire), nous étions une vingtaine. 
Donc sur toute la période, la Cap-CI n'est pas restée silencieuse. Nous avons même rencontré les chancelleries représentées en Côte d'Ivoire, on est allé jusqu'à discuter avec le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) sur les derniers moments parce que nous voulions donner les chances d'une élection apaisée. 

L'élection a eu lieu. Quel regard sur ce scrutin ? 
Oui l'élection a quand même eu lieu mais dans les conditions que nous connaissons. Il y a même eu des morts. C'est ça que nous voulions éviter. Dès qu'il y a mort d'homme, il y a problème. Il y a eu des violences. Et c'est dommage. C'est tout cela que nous voulions éviter. Parce que la paix, c'est essentiel pour nous. Nous, au Rpp, nous sommes des houphouetistes au sens premier, donc nous prônons la paix et le dialogue. Actuellement, l'atmosphère demeure tendue avec les arrestations de plusieurs personnalités venant s’ajouter aux frustrations de certaines figures de l'opposition qui n'ont pas pu ‘’compétir’’ à ces élections. Face à cette situation, il y a des choses à faire, des mesures à prendre.

Que devraient être ces mesures ? 
Le gouvernement doit tendre la main à l'opposition. Il faut qu'il y ait un dialogue et qu'on s'asseye pour discuter de certaines questions, comme la révision de la liste électorale. Nous devons nous parler pour que la démocratie fonctionne bien, il faut un pouvoir et une opposition qui se parlent. Mais avec ce qu'on voit, nous sommes en train d'aller vers un parti-Etat. Il serait très sage que le pouvoir initie le dialogue et ouvre le jeu démocratique. 

Pour l'heure, ces revendications n'ont pas été satisfaites mais ce sont déjà les législatives. Certains partis de l'opposition, dont le Ppa-CI, ont décidé de ne pas y aller. Quel commentaire ? 
Chaque parti a ses idéaux, ses principes, son fonctionnement. Me demander de porter un jugement sur la position du Ppa-CI, ce n'est pas très juste. 
Mais dans les raisons qu'ils ont avancées, ils ont dit que c’était pour rendre hommage aux morts. Quand vous avez adopté une position de protestation et que des gens, volontairement, ont pris la rue et ont trouvé la mort, vous devez être solidaires d'eux. 
En tout cas, dans chacun de ces partis, certaines réalités, certains calculs sont à prendre en compte pour ne pas créer d'autres querelles. 

Est-ce que ce manque d'union dans la démarche n'est pas susceptible de fragiliser le plaidoyer que vous faites au niveau du pouvoir ? 
Absolument. Mais comme je l'ai dit, chaque parti a des réalités, des calculs, des intérêts qui pèsent dans la balance. D’ailleurs, vous avez vu que certains cadres du Ppa-CI ont décidé d’aller aux élections malgré la décision de leur direction. Donc chaque parti prend une décision en fonction de plusieurs éléments. 

Quelle est la situation actuellement au Rapci et à la Cap-CI ? 
Au Rapci, nous continuons les réflexions sur l'amélioration du dispositif électoral. C'était cela notre motivation. Nous avions un catalogue de préoccupations que nous avons présenté. Et nous espérons que le dialogue va s'ouvrir et que ces points seront satisfaits, même si ce n'est tous, au moins que certains le soient pour décrisper l'atmosphère.
Avec la Cap-CI, il y a eu des départs mais le noyau, le substrat est resté. Danièle Boni-Claverie est même actuellement celle qui porte la parole de la Coalition. Donc nous ne comptons pas, là aussi, abandonner. Nous continuons le combat. 

Est-ce que vous allez, vous-même, à ces élections législatives ? 
Nous n'allons pas à ces élections. Nous étions en pleine préparation quand nous avons perdu notre Secrétaire général, et cela a été un coup dur. C'est dans deux semaines que le Secrétaire général intérimaire va prendre fonction, donc nous ne sommes pas préparés. Nous ne sommes pas des passionnés du pouvoir. Sinon on aurait pu participer. Mais pour nous, il ne s’agit pas juste de participer pour avoir 2% de voix. Nous voulons participer aux élections pour marquer. C'est pourquoi nous avons décidé de ne pas y aller, sinon des gens nous ont même approchés pour des alliances. 

Vous avez officiellement pris les rênes du Rpp en 2023. Lors de la présentation de votre bureau en novembre, vous aviez annoncé plusieurs chantiers. Quel bilan à ce jour ? 
Mon bilan, il est mitigé. Vous savez, quand j'ai pris les rênes du Rpp, c'était un parti avec plusieurs difficultés. Déjà parce que notre défunt président (Ouattara Gnonzié, Ndlr) a été longtemps malade avant son décès. Donc il nous fallait renforcer l'implantation du parti. Comme je l'ai dit, nous entamions une lancée quand notre Secrétaire général, Zamblé, qui comprenait bien ma vision, est décédé. Au Rpp, nous sommes une famille, et son décès nous a beaucoup affectés, surtout parce que c'était quelqu'un de dégourdi, c'était notre métronome. Quand vous prenez un parti comme le Rpp dans l'état où je l'ai trouvé, vous devez vous appuyer sur des cadres qui comprennent la vision et la propage sur le terrain. Donc c'est ce travail que je suis en train de faire. On a un nouveau secrétaire général intérimaire, et nous allons reprendre le combat, car nous devons cela à Jean Marie. Ne serait-ce que pour lui rendre hommage. 

En termes chiffrés, vous attendiez un million de militants d'ici à 2025. Où en êtes-vous ? 
Le nouveau Secrétaire général qui va prendre la main va faire l'état de la situation, et en fonction de cela nous allons nous réorganiser. 

C'est quoi donc les futurs chantiers du Rpp ? 
C’est de renforcer l'implantation du parti. Nous allons nous préparer pour prendre part aux prochaines élections. 

Un mot aux populations et à vos militants ? 
Mon mot sera surtout à la classe politique. Le vin est tiré, il faut le boire. Cette élection a été controversée mais le chef de l’Etat a été élu. Dieu merci, le chaos qui a été annoncé ne s’est pas abattu sur la Côte d’Ivoire. Nous voulions le changement, et pour y parvenir, la voie la plus noble, c’est par les urnes. Donc nous devrons encore porter nos revendications, aller sur le terrain pour expliquer notre vision aux populations. 

Signature
Réalisée par Alassane SANOU
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