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Interview / Désiré Bamba dit Dez Bamba (Père spirituel de Yan Diomandé) parle du joueur : « Yan Diomandé a toujours été travailleur »

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Publié il y'a 5 jours
05.01.2026
Le chapeau

Ancien grand mécène de la culture, Désiré Bamba dit Dez Bamba a opéré une transition naturelle vers le football, sa passion de toujours. Fondateur de l’Académie internationale de football du Sud-Comoé, il est aujourd’hui le formateur et père spirituel de la pépite ivoirienne Yan Diomandé. Dans cette interview, il raconte son parcours, sa vision de la formation et son attachement profond à son protégé.

Monsieur Bamba, on vous a connu grand mécène de la culture. Aujourd’hui, vous êtes dans le sport. De la culture au sport, il y avait un pas à franchir. Comment s’est passée cette mutation ?

Désiré Bamba : Déjà, depuis tout petit, j’étais beaucoup plus dans le domaine du sport, comme tout jeune garçon. C’est à la faveur de certaines circonstances que je me suis retrouvé dans la culture. Mais au départ, très jeune, j’étais plus attiré par le football. Pas en tant qu’acteur mais comme tous les garçons issus des quartiers modestes. Le football a toujours été ma passion.

Pour vous, cela devait passer par la création d’un Centre de formation. Comment l’idée est-elle venue ?
Au départ, je n’avais pas réellement l’idée de créer un Centre de formation. J’étais simplement un passionné et surtout un grand supporter de l’Asec Mimosas. Depuis tout petit, j’ai suivi toutes les activités de l’Asec. Je crois que l’idée du Centre est venue grâce aux Académiciens. J’en ai fréquenté beaucoup. Lors de mes retours d’Europe, je me rendais souvent à Sol Béni pour assister à leurs entraînements. Depuis ce jour, je suis resté très attaché à eux. Certains sont devenus pratiquement mes enfants. Puis j’ai commencé à m’intéresser davantage au football, jusqu’à ce que je sois sollicité pour diriger le Zoman Fc. Et après trois années de présidence, je me suis rendu compte que je pouvais faire autre chose que simplement supporter un club. Et cela passait forcément par la création d’une académie ou d’un Centre de formation.

C’est ainsi que vous avez créé votre académie ?
Exactement. C’est ainsi qu’est née l’Académie internationale de football du Sud-Comoé, qu’on appelle familièrement l’Académie des Bamba, même si son nom officiel est bien l’Académie internationale de football du Sud-Comoé.

Aujourd’hui, vous êtes heureux d’avoir révélé une pépite : Yan Diomandé. Comment l’avez-vous découvert ?
Comme je le dis souvent, c’est toujours le fait du hasard. Nous organisons régulièrement des détections, comme toutes les académies, pour les enfants de 10, 11 ou 12 ans. C’est lors de l’une de ces détections que nous avons découvert Yan, au Centre de formation Étoile filante de Yopougon, chez feu Fousseni Sidibé. À 10 ans, il y a beaucoup de talents mais beaucoup se perdent en route. Tomber sur la bonne personne à cet âge-là, c’est aussi, je dirais, la main de Dieu.

Comment avez-vous travaillé pour polir ce talent ?
Le mérite revient d’abord à tous les encadreurs de l’académie. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice dans sa formation. Il faut aussi saluer l’enfant lui-même, comme tous ceux qui vivent cette aventure. La vie à l’internat n’est pas facile pour des enfants de 10 à 12 ans. Chez nous, ils passent dix mois et demi sur douze à l’académie. Tenir ainsi pendant cinq ou six ans demande beaucoup de sacrifices. Ces enfants méritent donc d’être félicités pour avoir vécu loin de leurs familles aussi longtemps. Yan a toujours été travailleur. Il savait ce qu’il voulait. Nous leur disions toujours que le sacrifice est nécessaire pour atteindre ce qu’on aime. Nous n’avons fait que les aider à réaliser leurs rêves.

Quel genre de personne était Yan Diomandé à l’académie ?
C’était quelqu’un d’assez émotif, parfois sanguin mais très attachant. Il donnait l’impression d’être dur, alors qu’au fond, il était très sensible. Je me souviens de son bisoutage. À l’académie, chaque nouvel élève doit chanter. Le jour de Yan, il a pleuré, pleuré, pleuré. C’était une vidéo exceptionnelle. Malheureusement, elle a disparu avec une tablette qui est tombée en panne. À l’époque déjà, on sentait qu’il pouvait aller très loin. Aujourd’hui, il est arrivé au sommet.

Quels sont vos rapports avec lui aujourd’hui ?
Nos rapports sont ceux d’un père et de son fils, bien au-delà du football. Comme dans toute famille, il y a parfois des désaccords mais on ne reste jamais longtemps éloignés. Il a même vécu chez moi, à la maison, à certaines périodes. Nos liens sont très particuliers.

Comment l’encadrez-vous aujourd’hui, notamment sur le plan professionnel ?
Je l’ai connu très jeune, donc je peux anticiper beaucoup de choses. Après chaque match, il accepte toujours mes critiques avec humilité. Il y a des matchs où je lui dis : « Aujourd’hui, tu m’as bluffé » parce qu’il fait des choses qu’il ne faisait pas à l’académie. Cela montre qu’il a progressé. Malgré sa notoriété, il continue d’accepter les critiques, même après les matchs en sélection nationale.

Sa cote a explosé, avec des sollicitations en Espagne et en Angleterre. Avez-vous une préférence ?
Je ne parlerai pas de préférence. Quand il quittait l’académie, je lui ai simplement rappelé que mon rêve était de le voir jouer la Ligue des champions. Le jour où il réalisera ce rêve, pour moi, l’objectif sera atteint. Un professionnel ne doit pas avoir de préférence mais il doit se sentir bien dans son club et avoir du temps de jeu. Sur le terrain, il sait se battre pour gagner sa place.

Ce mardi 6 janvier 2026, la Côte d’Ivoire affronte le Burkina Faso en huitièmes de finale de la Can. Quel est votre regard ?
Comme tout Ivoirien, je souhaite la victoire de la Côte d’Ivoire, et pourquoi pas avec un but de Yan. Lors du dernier match, il n’a pas débuté mais il est entré et a marqué un but refusé pour hors-jeu. Je lui ai dit que c’était encourageant.

Quels sont vos vœux pour le sport ivoirien en 2026 ?
Je souhaite santé, bonheur et paix à tous les Ivoiriens. Aux dirigeants du football, je souhaite beaucoup de courage, car c’est un milieu très difficile. Les Centres de formation de quartier jouent un rôle fondamental. Sans eux, il n’y a pas de football. C’est un métier qui demande énormément de sacrifices. Que Dieu accorde la santé à tous les acteurs du sport ivoirien.

Signature
Réalisée à Marrakech par Guillaume AHOUTOU
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