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Gouvernance, corruption, influence politique, journalisme sportif, échec des Fédérations africaines / Eric Oulala (Journaliste-écrivain) : « Le football africain est prisonnier d'un système qui fabrique ses propres échecs »

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Publié il y'a 22 heures
07.07.2026
Le chapeau

Journaliste ivoirien installé à Marrakech au Maroc depuis plus d'une décennie, Éric Oulla a publié ‘’Mes vertes vérités, manuscrit d'un footeux’’. Un essai qui bouscule les certitudes du football africain. Gouvernance, corruption, influence politique, journalisme sportif, rôle des supporters, échec des Fédérations ou encore élimination des Éléphants au Mondial 2026. De passage en Côte d’Ivoire, l’auteur, dans cette interview qu'il nous a accordée, refuse les faux-semblants et appelle à une remise en cause profonde d'un système qu'il juge arrivé au bout de sa logique.

Qu'est-ce qui motive le journaliste ivoirien, installé à Marrakech depuis plus d'une décennie, à publier un tel ouvrage ?

Eric Oulala : Depuis plusieurs années, j'observe le football africain avec passion mais aussi avec une certaine distance. J'ai voulu coucher cette réflexion sur le papier parce que je suis convaincu qu'il manque une littérature critique sur notre football. Nous commentons beaucoup, nous analysons peu et nous écrivons encore moins. Ce livre est ma contribution à ce débat.

Votre livre s'intitule ‘’Vertes vérités, manuscrit d'un footeux’’. Pourquoi avoir choisi le mot footeux, souvent employé avec une certaine condescendance ?
Je ne le vois pas comme un terme péjoratif. Au contraire, c'est une forme d'honnêteté intellectuelle. Être footeux, c'est accepter que le football demeure une passion avant d'être un objet d'analyse. Je suis journaliste, donc tenu à la rigueur, mais je revendique aussi le droit d'être traversé par les émotions que procure ce sport. Le ‘’footeux’’ assume ses emballements, ses colères, ses contradictions. Ce livre parle avec la rigueur du journaliste mais aussi avec le cœur du passionné.

Le football africain traverse-t-il une crise ou arrive-t-il simplement au moment où il ne peut plus cacher ses faiblesses ?
Ses blessures sont anciennes. La mauvaise gouvernance, la corruption, l'exode permanent des talents, les influences politiques, les rapports de dépendance avec la Fifa (Fédération internationale de football association) … Tout cela ne date pas d'hier. Simplement, aujourd'hui, ces fragilités deviennent visibles. Le football africain est arrivé au moment où il ne peut plus masquer ses limites. Ce livre est né de cette urgence.

Dans votre ouvrage, vous semblez accuser davantage le système que les individus. Pourquoi ?
Parce qu'on s'est trompés de combat pendant trop longtemps. Changer un président ou un sélectionneur ne suffit pas. Le problème est plus profond. Ce sont les mécanismes qu'il faut interroger. La Caf (Confédération africaine de football) fonctionne sous une influence permanente de la Fifa. Les Fédérations reproduisent les mêmes pratiques. Les habitudes deviennent des Institutions. Il faut réformer les règles avant de changer les Hommes.

Le supporter est-il aujourd'hui la première victime ou le premier complice de cette dérive ?
Les deux. Il est victime parce que sa passion est exploitée. Mais il devient aussi complice lorsqu'il renonce à exiger davantage. Sans supporters, il n'y a pas de football. Ils disposent d'un pouvoir immense qu'ils sous-estiment. Le silence du public nourrit parfois les dérives qu'il dénonce ensuite.

Pourquoi le journaliste sportif africain semble-t-il avoir perdu sa capacité de déranger ?
Parce que nous traversons une crise de vocation. Le journalisme est devenu, pour beaucoup, un simple moyen de subsistance. La précarité favorise les compromissions. Certains préfèrent conserver leurs accès plutôt que de poser les questions qui dérangent. Or notre métier n'est pas d'accompagner le pouvoir. Notre métier est de l'interroger.

Les Fédérations craignent-elles davantage les journalistes ou les influenceurs ?
Aujourd'hui, elles redoutent beaucoup moins les influenceurs. Ils sont souvent davantage dans l'accompagnement que dans le questionnement. Le problème devient préoccupant lorsque certains journalistes adoptent les mêmes méthodes. Le journalisme de complaisance finit par ressembler à de la communication institutionnelle. Ce n'est plus le même métier.

Vous êtes très critique envers certains médias sportifs. Le football africain souffre-t-il d'un déficit de journalistes ou d'un excès de communicants ?
Les deux existent. Ce qui m'a frappé, notamment lors de la dernière élection à la Fif (Fédération ivoirienne de football), c'est de voir des journalistes assumer publiquement leur engagement pour tel ou tel candidat. Notre rôle n'est pas de faire campagne. Nous sommes des sentinelles. Lorsque l'on échange son indépendance contre des privilèges ou des accès, on cesse d'exercer le journalisme.

Vous évoquez également les arbitrages contestables et les réseaux d'influence. Peut-on encore croire à l'équité des compétitions ?
L'influence existe partout. Elle ne concerne pas uniquement le football africain. Personne ne me fera croire que certains grands clubs européens sont arbitrés exactement comme les autres. La différence, c'est qu'ailleurs, les contre-pouvoirs fonctionnent davantage. En Afrique, nous devons apprendre à dénoncer sans tomber dans la caricature permanente. Le combat pour plus d'équité est une exigence permanente.

Si, dans dix ans, rien ne change, considériez-vous que votre livre aura échoué ?
Non. Écrire pour demain n'est jamais un échec. Un livre demeure une pièce à conviction. Je ne prétends pas détenir toutes les réponses. Je participe simplement au débat. Si rien ne change, cela signifiera seulement que j'aurai eu raison trop tôt. Et je ne considère pas cela comme une victoire.

La Côte d'Ivoire s'est arrêtée dès les seizièmes de finale du Mondial en cours. Quel sens donnez-vous à cette élimination ?
Je ne me réjouis pas d'avoir vu juste. Depuis deux ans, ‘’Mes vertes vérités, Manuscrit d'un footeux’’ alertait sur les fragilités de notre football. Cette élimination confirme que nos échecs sont souvent prévisibles parce qu'ils procèdent des mêmes erreurs : l'entêtement, le refus de la contradiction et la difficulté à remettre en cause les certitudes. J'entends déjà les discours qui expliqueront que les Éléphants n'ont pas démérité, que cette équipe est jeune ou qu'elle possède encore une marge de progression. Je ne partage pas cette lecture. Si nous prétendons appartenir aux grandes nations du football, nous devons commencer par assumer nos échecs.  À défaut, il faudra accepter que notre véritable niveau soit celui que cette Coupe du monde vient de révéler. Et dans ce cas, il faudra avoir le courage de repenser entièrement notre vision du football ivoirien. C'est précisément le sens de ‘’Mes vertes vérités, Manuscrit d'un footeux’’. Ce livre ne cherche pas à distribuer des leçons. Il invite simplement à regarder enfin la réalité en face.

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Réalisée par DIARRA Tiémoko
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